Dans certaines transactions, une entreprise peut être valorisée sept fois son EBITDA, sans que ce multiple reflète systématiquement sa rentabilité réelle ou ses perspectives de croissance. Ce chiffre, loin d’être universel, varie fortement selon le secteur, la conjoncture et la taille de la société concernée.
Les acteurs financiers utilisent ce repère comme une norme implicite, mais les écarts constatés sur le marché montrent que cette méthode reste sujette à interprétation. Des ajustements constants s’imposent pour tenir compte des spécificités économiques et des pratiques comptables propres à chaque cas.
Comprendre l’EBITDA : définition, calcul et utilité pour l’évaluation d’entreprise
L’EBITDA, ou excédent brut d’exploitation (EBE) en français, occupe une place de choix pour évaluer la performance opérationnelle d’une société. Derrière ce sigle anglais, Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation and Amortization, se cache une donnée clé : le résultat généré par l’activité courante, avant la déduction des amortissements, provisions, charges financières et impôts sur les sociétés.
Pour le calculer, rien de compliqué :
- EBITDA = chiffre d’affaires, achats externes, charges de personnel
Selon les pratiques, on peut y ajouter d’autres produits et charges d’exploitation afin d’obtenir un reflet plus précis de la gestion quotidienne. Cet indicateur, classé parmi les soldes intermédiaires de gestion, permet de comparer des entreprises de tailles, secteurs ou structures différentes.
L’EBITDA éclaire la capacité d’autofinancement d’une entreprise, autrement dit sa faculté à générer du cash flow à partir de son activité principale, sans subir l’influence de sa structure financière ou de ses choix d’investissement. Les analystes s’appuient fréquemment sur cette donnée pour juger la santé financière d’une société, notamment dans le cadre d’évaluations par actualisation des flux de trésorerie (DCF) ou par comparaison de multiples.
Ce repère s’avère d’autant plus pertinent dans les secteurs où la volatilité du résultat net peut masquer la rentabilité réelle de l’exploitation. L’EBITDA facilite également les comparaisons internationales, en neutralisant l’impact des différences comptables ou fiscales.
Pourquoi parle-t-on de “7 fois l’EBITDA” dans la valorisation ?
La méthode des multiples d’EBITDA s’est imposée comme référence sur le marché des fusions-acquisitions. “7 fois l’EBITDA” indique tout simplement que la valeur d’une entreprise est estimée à sept années de son excédent brut d’exploitation. Ce ratio s’applique le plus souvent dans des secteurs offrant une bonne visibilité sur les flux de trésorerie et où les comparaisons sont nombreuses.
D’où vient ce chiffre ? Il ne sort pas d’un chapeau. Les multiples d’EBITDA résultent de l’analyse des transactions récentes sur des sociétés similaires : même secteur, taille comparable, rentabilité équivalente. L’investisseur ou l’acquéreur examine les dernières ventes et extrait un ratio moyen, souvent situé entre 6 et 8 pour de nombreux secteurs industriels ou de services en France. La croissance, la rentabilité et l’attrait du secteur font évoluer ce chiffre.
La méthode présente plusieurs atouts évidents : rapidité, simplicité, et capacité à refléter les tendances du marché. Mais elle ne dispense jamais d’une analyse approfondie. Un multiple trop ambitieux, et l’on paye une promesse, pas une réalité. Un multiple trop bas, et l’on risque de sous-évaluer un actif à fort potentiel. C’est pourquoi les professionnels ajustent ce ratio selon la qualité de la gouvernance, le potentiel de développement ou le niveau de risque associé à l’entreprise cible.
“7 fois l’EBITDA” n’est pas gravé dans le marbre. Il s’agit d’un point de départ, façonné par l’observation des multiples de valorisation propres à chaque marché, régulièrement réajustés à mesure que l’environnement économique évolue.
Multiples d’EBITDA : méthodes, atouts et limites de cette approche
L’approche des multiples d’EBITDA repose sur un principe pragmatique : comparer la société à valoriser à un panel d’entreprises similaires, en tenant compte de leur excédent brut d’exploitation. Le calcul consiste à appliquer un ratio déterminé à l’EBITDA de l’entreprise cible. Cette méthode s’invite dans toutes les négociations entre vendeurs et acquéreurs, car elle permet de coller rapidement à la réalité de marché.
Voici ce que recherchent les professionnels à travers cette méthode :
- Simplicité : inutile de bâtir des modèles complexes ou de multiplier les hypothèses macroéconomiques. Un benchmark rapide suffit à situer la société.
- Comparabilité : s’appuyer sur les multiples d’EBITDA secteur offre un référentiel partagé, en particulier pour les entreprises dont la structure de capital varie peu.
- Réactivité : la méthode s’adapte aux évolutions du secteur, à condition de disposer de transactions récentes et pertinentes.
Cependant, cette démarche comporte des zones d’ombre. Les multiples de valorisation ignorent souvent certains aspects distinctifs : solidité du management, présence à l’international, portefeuille d’innovations, actifs immatériels. L’analyse se heurte aussi à la volatilité du marché et à la rareté d’informations fiables concernant les transactions comparables.
Les acteurs aguerris nuancent donc ce multiple de départ en intégrant des critères qualitatifs, solidité de la trésorerie, dettes financières, niveau d’intégration verticale, exposition aux cycles économiques. La valorisation issue de cette méthode des multiples n’est qu’une base de travail. D’autres outils, comme la DCF, l’analyse des actifs ou la comparaison boursière, viennent compléter la réflexion pour affiner la juste valeur.
Valorisation en 2024 : quelles tendances pour les multiples d’EBITDA ?
En 2024, le marché français rebat les cartes de la valorisation d’entreprise à partir des multiples d’EBITDA. L’environnement économique, avec la remontée des taux et une prudence croissante des investisseurs, resserre les écarts dans la plupart des secteurs. Plusieurs transactions récentes confirment un retour vers 7 fois l’EBITDA pour les entreprises de taille moyenne, alors que, deux ans plus tôt, il n’était pas rare de voir des valorisations grimper à 9 ou 10.
La réalité varie toutefois d’un secteur d’activité à l’autre. Dans la tech, portée par la croissance et des cash flows récurrents, les multiples restent élevés, malgré le reflux de l’euphorie observée en 2021-2022. L’industrie, elle, fait face à une pression accrue sur ses marges et doit rassurer des acheteurs attentifs au taux de rentabilité et à la maîtrise des dettes financières. Les services B2B, quant à eux, résistent grâce à leur flexibilité et à une gestion avisée de la trésorerie.
Les investisseurs, désormais, examinent de près la santé financière des entreprises et recherchent la prévisibilité du flux de trésorerie. Les sociétés qui présentent une croissance organique solide et un EBITDA stable continuent d’attirer des multiples supérieurs à la moyenne, à condition d’afficher un modèle économique solide. À l’inverse, celles exposées à la volatilité ou aux cycles économiques subissent une décote, franchissant parfois la barre des 6 fois l’EBITDA. Le contexte de 2024 impose un regard affûté : l’analyse sectorielle fine supplante les généralités.
La valorisation n’est jamais figée. Elle se construit, se discute et s’ajuste, à la croisée des chiffres, des tendances et des ambitions. Demain, le marché fixera peut-être de nouveaux repères. Mais une chose demeure : derrière chaque multiple, il y a des choix, des équilibres et la part d’incertitude qui fait le sel des grandes transactions.


